Xc-r LeRaiD

Les Dossiers du Raid

Vercors Tout Terrain 2004

PilA'zimuT 2005

Transvolcanique 2006

Aux Sources de la Loire 2007

  

 

Les Coteaux du Lyonnais 2008 

 

Bienvenue sur LeRaiD

 

Très bientôt ... les ultimes infos sur la destination du RaiD 2010  !!!

  

Dimanche 11 octobre 2009
A priori, le truc à la mode ce Week End chez les raiders, c'était de se raconter des histoires de vélo sans doute pour mieux dormir le soir.. après Dom qui nous a fait découvrir les exploits de L’ange de la montagne – Charly Gaul. Après Boubou qui nous a conté La Genèse du Col de la Croix Jubaru culminant majestueusement à 99 mètres !!!

A mon tour de vous offrir l'histoire d'une légende.
Bonne lecture 

Le Crack

 

Je l'avais souvent vu fatigué, hâve, les lendemains de grosse castagne, après les longs contre la montre où il creusait profond, mais je ne l’avais jamais vu dans cet état là. Il était livide, les yeux bordés de noir, les lèvres blanches. On avait l’impression aussi qu’il avait perdu 10 centimètres de tour de jambe. Il n’avait pas eu le courage de se raser non plus et le voyage en voiture sur les routes du coin avait été un calvaire. Les organisateurs du critérium étaient catastrophés pour leur recette de le savoir malade. Il n’avait pas eu le cœur de leur dire formellement non.

 

C’était l’époque des tournées d’après tour, ces épuisantes et lucratives ballades et il n’était pas imaginable que le maillot jaune déclare forfait. La veille, nous avions couru à Clermont Ferrand et toute l’équipe était partie aussitôt après la course pour rejoindre Yssingeaux où avait lieu le critérium du lendemain. Seul le grand Jacques, le patron du peloton, était resté pour passer la soirée chez son ami Geminiani qui venait d’ouvrir un bistrot. Il ne devait nous rejoindre que le lendemain matin.

 

Estomac vide, jambes en coton, vertige. Il se tenait appuyé sur le capot de la voiture pendant que Charles lui laçait ses chaussures, parce qu’il était incapable de baisser les yeux sans s’écrouler aussitôt.

 

Bien entendu, les organisateurs nous avaient concocté le pore parcours possibles. Trois tours de 50 Km truffés de bosses de huit – dix bornes à 7% comme il y en a partout en haute Loire. Pas un mètre de plat.

En supplément au programme, une grosse équipe de régionaux qui connaissaient tous les virages par leur prénom, qui roulaient en mafia toute l’année et qui rêvaient d’en découdre avec les pros. Le jour de l’an pour eux et leurs supporters.

 

Avant le départ, on s’était mis d’accord avec les organisateurs et les gros bras. Jacques avait une tête à rester au lit, tout le monde en convenait. Mais les spectateurs étaient venus pour le voir et pour voir son maillot. Il allait donc faire le premier tour dans le paquet, il passerait en tête dans la première grande traversée de la ville et disparaîtrait par la prochaine ruelle pour regagner son hôtel. Le médecin l’y rejoindrait. On lui enfila un maillot jaune et il partit les poches vides. Course finie avant de l’avoir commencée.

 

Ces cinquante bornes là, je m’en souviens. Jacques m’avait demandé de rester près de lui et nous avons passé une heure vingt, épaule contre épaule. Ce type qui me prenait un quart d’heure dans l’Izoard, qui me mettait cinq minutes sur 10 Km contre la montre, qui venait de survoler le Tour de France comme personne, qui savait gagner comme il voulait quand il voulait, que ses  adversaires vouvoyaient, qui était en machine l’homme le plus beau, le plus élégant qu’ait jamais compté un peloton, roulait comme une épave. IL fermait les yeux dans les lignes droites pour ne pas dégueuler. Qu’aurait-il bien pu lui dire de changer de braquet. Il était incapable de sentir quoi que ce soit, incapable de la moindre décision, incapable d’avoir le moindre sursaut d’indignation contre les organisateurs. Il faut dire que de ce point de vue là, c’était un crack et que les cracks honorent leurs contrats. En dix minutes, son maillot était collé de sueur et son menton gouttait sur la potence.

 

Il s’était creusé autour de nous, dans le paquet une sorte de vide respectueux et les coursiers se relayaient pour venir voir le spectacle du zombie. Les jeunes du coin étaient déçus, eux qui rêvaient tant de pédaler pour de bons à ses cotés.

 

Nous roulions groupés, assez vite. Ceux qui tiraient devant et parmi, quelques-uns de nos équipiers tiraient réguliers mais sans faire de cadeau sur le train. Dans ces situations, il n’est jamais bon de trainer trop et de laisser la porte ouverte. Il faut choisir la juste cadence qui fait réfléchir à deux fois les francs–tireurs. Nous tournions à 35-37 de moyenne ce qui, dans la région est tout à fait vif.

 

Jacques semblait s'en foutre. Il était parfaitement hors d'état de rentrer dans ce genre de considération. Il n'aurait certainement pas pu battre le record de l'heure qui lui appartenait à l'époque, mais entre 25 et 35 km il ne faisait pas la différence.

 

J'ai toujours adoré le spectacle des champions. Et j'ai eu la chance pendant douze ans de carrière professionnelle, d'être aux premières loges. J'ai roulé pour deux, j'ai même été leur capitaine de route, et j'en ai compté trois pour adversaires. Avec le recul, je sais que j'ai eu de la chance d'en rencontrer cinq, des vrais.

 

Il n'y a rien de plus beau qu'un crack, un qui donne des rendez-vous, qui se prépare, qui met tout le monde en confiance; celui qui dicte la loi et qui, grippe, foulure, angine ou fatigue, voltige quand il faut voltiger, appuie ses relais comme personne, grimpe devant les grimpeurs, sprinte devant les sprinters, mène les bordures, tire deux dents  de moins que tout le monde dans les contre la montre, fixe les tarifs et sait se relever pour offrir une victoire. J'aime d'autant plus les cracks que, vu du dehors je suis tout près d'en être un. j'ai gagné des étapes, j'ai gagné des courses, on cite mon nom souvent, j'ai eu ma photo dans l'Equipe, on me voit à la télé, on m'interroge sur la marche des courses: mais moi je sais que je n'en suis pas un de crack, et qu'il y a entre eux et moi un gouffre d'une largeur insoupçonnable.


        Celui qui était à coté de moi ce jour là, avec sa tête de mort et qui me demandait d'un mouvement des yeux s'il fallait aller à gauche ou à droite, c'était d'abord et avant tout 80 de VO2 Max, 36 pulsations cardiaques au repos, des leviers à faire tourner comme de rien des manivelles de 177.5 et des quadriceps à pousser et à tirer 500 watts relax sans arracher tous les tendons. L'ensemble surmonté d'une tête de chef d'entreprise masochiste, sadique, rusé, gentil; avec le pouvoir d'aller chercher si profond au bout de soi et de ses forces, avec, enfin, un trait de caractère que je n'aurai jamais: un certain dégoût pour la bicyclette et une tendance très accusée à la laisser au garage plutôt que de s'entraîner. Tout cela fait un champion comme il y en a peu et, de surcroît, parfaitement capable de craquer, de s'effondrer et de se retrouver minable avec une tête d'endive et un somptueux maillot jaune dans un critérium à Yssingeaux, Haute Loire.

 

Il manqua trois fois de tomber et, par mesure de sécurité, nous nous retrouvâmes au fin fond du peloton. Je me demande encore aujourd'hui comment il a pu passer la bosse de Rosières. Je n'ai jamais vu un homme transpirer autant. Je lui ai proposé mon bidon qu'il a refusé avec un hoquet de dégoût.

 

On ne peut pas dire qu'il souffrait; il semblait plutôt être dans cet état tragique pour un sportif, où, il ne peut plus se faire mal, où il ne peut ni se mesurer avec soi-même, ni se mesurer avec les autres.

 

Le peloton nous décrocha deux fois, et deux fois je parvins à le ramener sans à-coups. Les spectateurs, le long de la route étaient si stupéfaits de le voir dans cette posture qu'ils oubliaient aussi bien de l'encourager que de le huer.. C'était comme une rumeur de silence. A deux kilomètres du sommet de la bosse, il commença à pousser des sortes de petits gémissements à chaque tour de pédale.

 

Il me fallut passer ensuite passer à la seconde phase de mon plan qui n'était pas la moins délicate. Parvenu au faux plat qui mène à la ville, je passai le 52x17 et accélérai doucement pour me placer devant lui, l'abriter et entreprendre de remplir l'ultime partie du contrat. Remonter un peloton qui s'agace à quelques kilomètres des primes de passage est une entreprise difficile, même si la complicité des gros bras est acquise. Il ne s'agit pas de donner le spectacle d'une ridicule connivence et les pactes passés avec les cracks s'exécutent avec un panache de crack. Je planifiai donc notre retour sur six kilomètres. Au début, je dus faire l'accordéon puis très vite, je trouvai le juste rythme et il resta sagement calé dans ma roue. Je me déportai sur la gauche, près du fossé et nous commençâmes à remonter 52x16, 52x15, 52x14. Mon intention était de le tirer jusqu'à la pancarte d'entrée dans le pays puis de le laisser filer, comme si j'étais cuit, avec les cinq ou six galopins qui allaient immanquablement lui sauter dans la roue et jouer la course.

 

A un kilomètre de mon but, j'étais en tête et j'avais dû batailler ferme pour rendre à la raison les régionaux qui allumaient des pétards pour faire plaisir à leur famille. A chaque accélération, je frémissais à l'idée de l'état dans lequel il devait être.

 

A cinq cents mètres, je sentis son souffle et il vint se placer à  ma hauteur. Je n'oublierai jamais le regard qu'il me lança: un regard glacé, tranchant, plein. Et il me posa cette question ahurissante:

-T'as pas deux sucres ?

Je les lui donnai. Il les engloutit et, comme il tendait la man à nouveau, je lui abandonnai une part de gâteau de riz et un fruit qu'il glissa dans sa poche à l'arrière de son maillot.

 

Bien entendu, je ne le revis qu'après l'arrivée. Il gagna le critérium après avoir offert un festival au peloton médusé. Il volait. Et, dans la troisième ascension de la Côte de Rosières, il mit trois minutes sans forcer au second.

Tout le monde apprit ce jour-là que le vrai crack, c'est aussi celui qui est capable de cuver en pédalant une cuite à coucher un bataillon. Je m'en doutai déjà.

 

Paul Fournel

Extrait de "Les athlètes dans leur tête"
 

Dom et Boubou, Implicitement, ça répond à la question que vous vous posiez: Non, il ne tournait pas à l'eau claire... 
                                                               ;-Denis




Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 22 juin 2009

                           La notoriété ne se fait pas attendre:

Notre champion de la montagne vient de dégoter son premier sponsor...
Vraisemblablement il n'a gardé de son maillot que les pois rouges !!!


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés